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samedi 21 novembre 2009

Voix rapaillées

(Québec) Gaston Miron n'imaginait certainement pas qu'il créerait une famille d'hommes, de frères, de chansons. Que sa poésie renaîtrait en 12 voix, des années après sa mort. La famille inespérée de Miron s'en vient sur la scène du Grand Théâtre mercredi, fébrile, impatiente, heureuse à l'idée d'un nouveau bonheur à partager.

Ce sera la deuxième fois seulement qu'elle se réunit devant public, la première, c'était en août, en clôture des FrancoFolies de Montréal, et il n'y aura qu'un autre con­cert dans la métropole après celui de Québec.

«Je n'ai pas fait d'enquête, mais j'ai la certitude que c'est prioritaire pour tout le monde parce que chacun éprouve la même joie d'y participer. Il y a un sentiment de fabuleux, et personne n'est là par obligation contractuelle», raconte Jim Corcoran, l'un des artistes du spectacle.

Les «Douze hommes rapaillés» ont d'abord chanté Gaston Miron sur un disque, lancé au début de cette année. Sur des musiques composées par Gilles Bélanger, Louis-Jean Cormier (Karkwa) a invité les Richard Séguin, Michel Rivard, Daniel Lavoie, Pierre Flynn, Yann Perreau et autres auteurs-compositeurs-interprètes à prêter leur talent aux poèmes de Miron.

«On a choisi des gens avec qui on avait des affinités. Sans dire que c'est un trip de chums, ce sont des gens avec qui on savait qu'il n'y aurait pas de problème d'ego. Je dis souvent que je ne suis pas responsable de ce projet : il veut vivre lui-même», souligne Louis-Jean Cormier, réalisateur et directeur musical.

Plutôt que la rivalité, c'est la solidarité qui a fait son chemin du disque à la scène.

«Tout le monde est concentré sur quelqu'un d'autre : Miron. Souvent, il y a une sorte de compétition, on nous compare l'un à l'autre, mais là [en août] on prêtait attention à l'oeuvre de Miron, pour laquelle chacun donnait son talent», se souvient Jim Corcoran.

Cela semble aussi beau qu'inimaginable, mais les 12 hommes restent en scène pendant toute la durée du spectacle, même quand ce n'est pas leur tour de chanter. Déjà, que tous ces auteurs-compositeurs chantent sur le même disque et soient sur scène le même soir, c'était un tour de force, mais les faire partager le concert du début à la fin, c'est encore plus fort. Si parfois des voix s'unissent, nous a-t-on rapporté, il ne faut toutefois pas attendre la grande chorale à la fin.

«J'ai horreur des shows qui finissent avec ballounes et confettis, ça m'énerve! dit Cormier. Tout le monde était d'accord : il ne fallait pas faire la finale glorieuse. C'est un party de cuisine. Y en a qui sortent chercher une bouteille d'eau ou qui pianotent; c'est toujours un peu informel. C'est ce qui m'intéresse. Mais le spectacle est construit pour monter dans l'intensité quand même, sans trop d'artifices.»

Louis-Jean Cormier a rencontré l'oeuvre de Gaston Miron par Chloé Sainte-Marie, qu'il accompagnait en concert. Il a été frappé par sa modernité et par ses poèmes d'amour qui l'ont «jeté à terre». Aussi, il admire le talent qu'a Gilles Bélanger pour mettre les poèmes en musique.

«Il a une façon désarmante de com­poser la musique. Il y a quelque chose de naïf (pas au sens péjoratif) parce qu'il n'a pas une grande connaissance musicale. Plus tu as de connaissances, plus tu es pris dans des patterns, des trucs rationnels dont il faut se débarrasser. Lui, il n'a pas ça.»

Quand le projet a été amorcé, Louis-Jean Cormier a écouté les interprétations de Gilles Bélanger, guitare-voix, très «roots». Et c'est ce qui l'a inspiré.

«C'était presque comme du Johnny Cash, et je voulais garder l'esprit de Gilles, très folk, mais je voulais donner une profondeur pour que le disque soit intemporel, donc il y a un flirt avec la musique contemporaine. Ça allait de soi, puisque Miron aimait cette musique.»

Sur scène, il y aura les mêmes couleurs musicales et sept chansons de plus que sur le disque. On entendra aussi Miron parler. Des extraits d'entrevue, des conversations viendront s'ajouter aux poèmes.

«Quand on dit poésie on pense à quelque chose de sérieux, de laborieux, de poussiéreux même, mais ce n'est pas du tout ça. Le spectacle allège la réputation qu'a la poésie», estime Jim Corcoran.

«Les chansons demandent un effort, mais le succès du disque montre qu'il y a une soif pour les textes et les disques adultes, il prouve qu'on ne doit pas sous-estimer l'intelligence du monde pour vendre des disques», ajoute-t-il.

Bonne nouvelle pour ceux qui ont aimé : l'aventure devrait con­tinuer. Des discussions sont en cours actuellement pour lancer un volume 2 des Douze hommes rapaillés chantent Gaston Miron.

«Tout le monde est assez friand à l'idée, c'est dans l'air, précise Louis-Jean Cormier. Gilles Bélanger continue son chemin, il a une dizaine d'autres musiques. Le but serait de garder la même équipe parce qu'il y a tellement un beau feeling familial que ce serait con de le défaire.»

Article de Valérie Lesage, Le Soleil Publié le 21 novembre 2009

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