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dimanche 19 octobre 2008

Le rêve québéco-américain

Nicolas Houle, Le Soleil, Publié le 18 octobre 2008

(Québec) Qu'ont en commun Nicola Ciccone, Sylvain Cossette et Les Respectables? Ce sont des gars, je sais. Ils chantent, bien vu. Mais surtout, ces jours-ci, ils lancent ou achèvent tous de nouveaux albums dans la langue de Shakespeare.

Est-ce un mal? Posons la question autrement. Est-ce un bien? Pas sûr. Ben oui, je sais, il faut avoir de l'ambition, il faut faire à sa tête, il faut aller au bout de ses rêves. N'empêche, les Québécois qui ont réussi à s'exporter en chantant en anglais sans se travestir se comptent sur les doigts de la main. Ç'a marché pour Gregory Charles? Il est au petit écran ces jours-ci. Pour les Respectables? Ils espèrent depuis 15 ans. Pour Kevin Parent? Non plus. Pour Garou? Niet. Pour Corneille devenu Cornelius? Ça reste à voir. Pour le Pascale Picard band? Ça reste également à voir. Mais au fait, est-ce que la réussite passe forcément par l'élargissement de son public?

Le gros paradoxe dans tout ça, c'est que ces artistes ne conquièrent au bout du compte qu'un marché francophone. Pascale Picard a transporté la frénésie entourant son album Me, Myself & Us jusqu'en France, qu'importe si son accent anglais peut difficilement être qualifié d'authentique, tandis que Sylvain Cossette ira mardi d'un deuxième album de reprises s'attardant à des titres usés à la corde, le précédent ayant connu un vif succès.

Alors qu'on se retrouve au beau milieu du Sommet de la Francophonie et qu'on réalise combien, pour peu qu'on s'y intéresse, le territoire à conquérir avec notre langue maternelle peut être vaste (parlez-en à Mario Pelchat, qui a fait mouche au Liban), ça sème des points d'interrogation. D'abord pourquoi, du côté des artistes, vouloir s'exprimer d'une façon qui s'avère souvent être clichée et pataude, voire impersonnelle? Et pourquoi, du côté du public, pardonne-t-on des formules convenues et des maladresses poétiques sur lesquelles on buterait en français? Cet aspect n'entre pas en ligne de compte chez un gars comme Ciccone, qui a appris à maîtriser l'anglais avant le français, or il est omniprésent chez bien des jeunes créateurs. Les membres de jury des concours sauront vous le dire.

Heureusement, plusieurs artistes émergents ont réalisé que là où, en anglais, ils auraient pu se fondre dans le sillage d'une autre formation, en français, ils sortent du lot. C'est le cas d'un Alexandre Désilets, par exemple, qui maîtrise adroitement les rimes et dont le clip L'éphémère a eu droit à pas moins de 300 000 visites sur Youtube.com.

Ce qui peut être préoccupant, c'est que selon l'Observatoire de la culture et des communications, l'assistance aux spectacles de chanson francophone aurait chuté de 11,8 % en 2007, alors qu'il y aurait eu une hausse de 10,1 % durant la même période pour la chanson anglophone ? une tendance qui se manifeste pour la première fois depuis 2004.

Comme si le public était en train de se tourner vers les grandes évidences en provenance de l'étranger à une période où la Belle Province fourmille de talents dans tous les registres, du rock pesant de band de garage à la folk de
Caracol, de l'art-rock de Karkwa à la pop audacieuse d'Ariane Moffatt sans oublier le hip-hop de Taktika.

Mais qu'on ne s'inquiète pas trop. Si les chanteurs québécois se mettent à l'anglais, on pourra toujours se rabattre sur les anglophones qui ont décidé de chanter en français. Car chez nos voisins du sud, notre langue semble être in, à témoin le récent album des Brazilian Girls, le répertoire jazzy des Chauds lapins de New York ou encore celui des Californiens de Rupa & The April Fishes, qui s'en viennent au Petit Champlain. Écouter des Américains nous rappeler la richesse du français, entre deux reprises anglophones des années 70 servies par Sylvain Cossette? Quel beau paradoxe.

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