Karkwa la grande réunion d'octobre 2017

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jeudi 17 mai 2007

Karkwa : excitant et audacieux


La scène rock montréalaise est en pleine effervescence en ce moment. La preuve avec Karkwa, jeune groupe qui débarque en France avec un premier album ("Les tremblements s’immobilisent") excitant et audacieux. Rock atmosphérique entre Radiohead et Charlélie Couture

Avant la sortie du disque prévue pour septembre, rencontre avec Louis-Jean Cormier (guitare, voix), François Lafontaine (claviers) et Stéphane Bergeron (batterie) ; tranquillement installés en terrasse de la Maroquinerie pour leur premier concert parisien avant de s’installer trois jours durant à l’Elysée Montmartre en première partie des Cowboys fringants.

Mz : La scène québécoise est réputée pour son rock-garage. Vous, Karkwa pratiquez un rock plus abouti, atmosphérique. Comment s’est déroulée la composition de votre album ?

L-J : Dans notre garage ! (fou rire général). On a acheté plusieurs garages et on les a testés...

F : Celui-là il sonne bien (rires)

L-J : On est un groupe qui aime beaucoup jouer live. On a donc enregistré à l’ancienne méthode comme les Beatles, tout le monde ensemble, c’est là qu’on a plus d’énergie, de frissons, de spontanéité. C’est surtout François, Julien, le percussionniste et moi qui amenons des chansons soit juste des musiques ou des fois juste des paroles, on colle ça ensemble piano/voix ou guitare/voix et après ça on arrive à cinq et on arrange tout ça. Pour "les tremblements s’immobilisent" on a fait en sorte que le jour du studio on fasse le plus de trucs en même temps.

F : Comme un spectacle en fait c’est le même principe. Avant de faire l’album, on a testé nos chansons en concert, on les a joué, on les a réarrangé pour ensuite entrer en studio. Et à ce moment-là le studio et le groupe c’est comme un tube de colle.

Mz : Vos textes sont en français et très profonds. Pour vous quel est le plus important : la musique ou les textes ?

F : Les deux ! La musique va servir le texte comme le texte va servir la musique. On cherche vraiment le mix des deux.

L-J : Finalement on cherche le mariage parfait entre les deux. Souvent on compose la musique avant et cette musique va nous dicter un thème ou nous faire penser à un truc, ça nous fait chanter. La musique c’est quelque chose de très imagé. Le fait qu’on écrive les paroles après je crois que c’est super important.

Mz : Votre musique semble assez proche de l’univers sombre de Charlélie Couture. Quelles sont vos influences ?

F : Charlélie Couture ! (fou rire général).

L-J : Plein de trucs ! En fait on est des grands mélomanes. François est une encyclopédie, tu lui en colleras pas une comme on dit !(rires). Dans le camion en tournée on écoute que de la musique. J’écoute en ce moment beaucoup de folk-singers américains comme M. Ward qui vient de Portland ou encore Sufjans Stevens qui vient du Michigan. J’ai vu un festival qui était organisé récemment Lo-Fi Folk, ça rejoint ça.

S : Il y a beaucoup de gens au Québec qui ont critiqué le disque et qui ont fait une comparaison avec Radiohead, ils on dit c’est peu comme Neil Young avec de la musique électronique. Ca peut jouer un peu.

F : J’aime beaucoup la scène des années 60-70, comme Steve Reich à qui on voue un culte ! En fait ce qu’on retrouve beaucoup dans sa musique c’est comme dans la musique pop c’est un module, une espèce de thème ou une espèce de rythme, quelque chose de récurrent qui revient tout le temps, qui est cyclique. On s’inspire beaucoup de cette musique là.

Mz : Justement, il y a une fusion quasi-naturelle entre la guitare et les claviers. Pour vous c’est indispensable de faire du rock avec de l’électronique ?

J : Non ! A la base les claviers qu’on avait c’était des bases analogiques...

L-J : Ce qui nous intéresse le plus c’est surtout le parallèle avec les percussions de Julien. Comme disait François, il y a quelque chose de cyclique qu’on peut retrouver dans l’électro. Mais organiquement Julien avec ses percussions fait des choses bizarres, pas conventionnelles, ça rend le truc électronique plus humain.

J : Les ordis présents dans le spectacle ou sur le disque pour moi c’est une manière de traiter un instrument. On essaie de prendre un instrument et de le traiter différemment, de le bouchonner. (rires)

Mz : Au Québec les musiciens disent souvent que les groupes sont une grande famille. Vous confirmez ?

S : Oui bien sûr on confirme ! Inévitablement le Québec c’est déjà une petite population. Montréal est très centralisé, c’est la grande ville au Québec. Donc tout le monde se connaît puisque tout le monde se côtoie !

F : Il y a beaucoup de groupes à Montréal et ce qui est intéressant c’est que tout le monde a son style, il y a plein d’entités qui sont propres à eux-mêmes.

S : Depuis un an on peut même voir une jonction avec le côté francophone et le côté anglophone car il y a beaucoup d’anglophones à Montréal. Il y avait une scène rock anglophone et une autre scène rock francophone et depuis un an justement ça déborde, il n’y a plus de barrière.

F : C’est comme si maintenant tous les musiciens, tous les groupes avaient accepté le fait que Montréal est multiculturel et c’est ce qui fait la richesse des groupes qu’on entend en ce moment qui jouent en dehors du Québec. Maintenant les groupes francophones vont jouer aux Etats-Unis.

Mz : Votre dernière tournée a duré un an et demi...

L-J : Euh . Ouais mais étalé en fait. Justement on en parlait hier soir. On a fait beaucoup de dates, je crois qu’on a dépassé la centaine. En fait on dit un an et demi mais on a démarré très très lentement. On a laissé un blanc juste après la sortie du disque car on avait fait beaucoup de promotion. Donc on a voulu calmer le truc et quand on est reparti en tournée ça a fait comme une deuxième vie à la vente des disques, c’est là que ça a décollé plus.

F : Ca nous a permis aussi d’assimiler le temps passé en studio à travailler les chansons. Finalement ça nous a laissé le temps d’assimiler tout ce qu’on avait fait, de prendre du recul sur ce qu’on avait fait.

Mz : Ce soir vous vous produisez à La Maroquinerie qui est une salle réputée et la semaine prochaine vous vous produisez trois soirs à L’Elysée Montmartre, une salle mythique...

L-J : C’est justement encore un signe de la grande famille québécoise, montréalaise. Car on va jouer à l’Elysée Montmartre en première partie des Cowboys Fringants qui sont des amis. Ils ont lancé l’idée qu’on joue avec eux et la compagnie qui s’occupe de nous en France a trouvé l’idée très bonne. Ca s’est réglé rapidement, à la dernière minute, juste avant de partir. En fait ça fait une semaine qu’on le sait.

S : Beaucoup de gens nous ont parlé de l’Elysée Montmartre, justement comme étant une salle mythique.

Mz : les groupes Québécois sont réputés pour pratiquer le fameux "Do It Yourself". Est-ce pour vous aujourd’hui le seul moyen de s’en sortir ?

F : Ouais je pense. Mais c’est partout pareil. Maintenant avec la nouvelle technologie tu peux faire un album facilement, dans ton garage par exemple (rires). Tu peux faire des albums qui coûtent pas trop cher. C’est une question monétaire en fait. Les gros studios coûtent trop chers donc le moyen que les groupes ont trouvé c’est de faire un studio à la maison.

S : C’est moins cher de faire un album soi-même et tu peux prendre plus de temps.

Mz : Votre musique est assez sombre, très arrangée. On sent beaucoup de maturité. Avez-vous une idée de qui est votre public ?

S : C’est large. La moyenne d’âge est de 18-35 ans mais on voit aussi des gens de 50 ans.

L-J : Quand on écrit on écrit spontanément. On s’adresse peut-être plus à des gens qui nous ressemblent, qui sont dans la même moyenne d’âge. Chez nous on a le public de Radio Canada qu’on appelle le public Radio Canadien, des gens qui ont la quarantaine, la cinquantaine. Moi j’ai l’impression que de 18 à 50 ça se passe bien ! (rires)

F : C’est pas un truc que tu te poses. Tu te dis pas tiens je vais faire une chanson pour les moins de 18 ans par exemple ! Tu fais la musique parce que tu as ce goût là, tu fais la musique que tu as dans la tête. Et tant mieux si on rejoint le plus de monde possible.

Mz : Le public français aime coller des étiquettes sur les groupes. Comment définiriez-vous votre musique ?

F : Rock atmosphérique. C’est de la chanson...

L-J : C’est de la chanson rock atmosphérique, ça peut être très incisif comme très planant. C’est de la chanson avec des mélodies et des textes qui veulent dire quelque chose. (rires)

Mz : Vous êtes actuellement en tournée européenne. Avez-vous déjà des projets pour après ?

L-J : On travaille au prochain disque qui sortira au printemps 2008 au Québec. Donc on entre en phase de composition. En même temps on défend la sortie de "Les Tremblement s’immobilisent" qui va sortir probablement ici dans les magasins en septembre. Donc on pense revenir travailler souvent ici et travailler là-bas.

F : On entre dans une phase de pré production, comme un retour aux sources.

S : C’est toujours assez concentré les vendredis et samedis. Ca nous laisse du temps pour travailler des nouvelles pièces pour le prochain disque. On fait un ou deux spectacles par semaine et on travaille trois jours les nouvelles chansons. On a un gros projet pour les Francofolies à Montréal, il faut qu’on monte trois spectacles différents. L’été est bien chargé.

Mz : Que préférez-vous faire : des concerts ou des disques ?

L-J : Ni l’un ni l’autre ! (rires) Les deux en fait.

F : C’est sûr que c’est pas pareil ! J’adore le studio et les shows...

L-J : Faire des shows, il y a des avantages car on est sur la route. Et puis on porte nous-mêmes nos équipements car on aime mieux le faire plutôt que de payer quelqu’un pour ça. On est habitués car en fait on n’a pas le choix. (rires)

F : C’est sûr en fait on est pas capables de payer quelqu’un pour le faire car on n’a pas d’argent ! (rires)

L-J : Sérieusement on est bien sur la route. En ce moment on fait que ça alors il faut se serrer un peu les coudes !


Interview de Karkwa du Jeudi 3 mai 2007 - Paris

Un grand merci au groupe Karkwa, Erwan et Anne-Sophie du label Boxson

Article publié  le 16 mai 2007, par Cartman, sf, sur le site Domino Panda

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