Karkwa la grande réunion d'octobre 2017

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samedi 26 avril 2008

Choix CD du ICI : Karkwa - Le volume du vent

Troisième chapitre qui se veut encore plus orchestral, Louis-Jean Cormier, l'auteur de textes elliptiques voire télégraphiques, et sa bande proposent un rock atmosphérique inouï ainsi qu'une texture sonore unique, dont on ne cesse de découvrir les différentes richesses au fil des écoutes.

Des effluves minimalistes au buzz «pinkfloydien», on y retrouve des climats à la fois glauques et ultrasensibles qui traitent d'urbanité et de conciliation amour/travail, où s'enchaînent les accords harmoniques et les crescendos.

Cet album créé par de véritables fanas de musique, dont les invités Patrick Watson et Olivier Langevin, possède une âme.

Avec l'omniprésence du vent recréé par des voix de plusieurs octaves juxtaposées, qui englobent le tout comme s'il s'agissait d'un malin farfadet, Le volume du vent sera assurément propulsé hors de nos frontières et permet déjà à Karkwa de rejoindre Octobre, Offenbach et autres Colocs au panthéon des groupes kèbes.

Lancement réjouissant de Volume du vent

Photo: Valérie Jodoin-Keaton

Soirée de réjouissance pour bien des mélomanes, hier soir à l'Olympia. L'un des plus beaux talents du nouveau rock québécois, Karkwa, lançait officiellement le troisième album de sa carrière, Le Volume du vent.

Ils étaient effectivement nombreux à attendre avec impatience cette sortie, alors que la salle de spectacles de la rue Sainte-Catherine a été prise d'assaut par près de 800 personnes, dont de nombreux amis et artistes. L'ambiance était on ne peut plus survoltée lorsqu'est venu le temps d'accueillir le quintette montréalais.

Louis-Jean Cormier (guitare et voix), François Lafontaine (claviers), Martin Lamontagne (basse), Stéphane Bergeron (batterie) et Julien Sagot (percussions) sont montés sur scène peu avant 18 h.

Ils ont interprété avec leur doigté habituel cinq chansons de leur nouvel album, Le Compteur, Échapper au sort (le premier extrait radiophonique du disque), Oublie pas, Combien et La Façade. Un échantillon du nouveau disque qui n'a fait que convaincre les gens présents que Karkwa poursuit son évolution musicale sans désorienter ses fans.

Groupe phare

Karkwa a vu le jour en 1998 et a fait tourner bien des têtes l'année suivante, lors de sa participation à Cégeps à spectacle. Le groupe a poursuivi sur sa lancée en 2001 alors qu'il a atteint les finales des Francouvertes. Le Volume du vent est son troisième disque, après Le Pensionnat des établis (2003) et Les tremblements s'immobilisent (2005), qui a véritablement propulsé le groupe au rang de groupe phare du rock québécois.

Cet album, sur lequel la formation définissait véritablement son style, s'est vendu à 15 000 exemplaires, en plus de permettre à Karkwa de recevoir le Félix Auteur ou compositeur de l'année lors du gala de l'ADISQ en 2006.

Philippe Renault /Le Journal de Montréal /03-04-2008

5 questions à...Karkwa

À peine sortait-il sur nos rayons mardi dernier que Le volume du vent, troisième album du groupe Karkwa, récoltait déjà éloges et honneurs sur la place publique. Il ne faudra sûrement pas bien longtemps avant que l'opinion du public et le palmarès des ventes ne suivent les traces de ce fulgurant succès critique. De " meilleur groupe de la relève ", le quintette passe au qualificatif de " meilleur groupe montréalais de l'heure " au sein des acteurs de l'industrie musicale québécoise.

C'est par Les tremblements s'immobilisent que la formation francophone s'est véritablement dévoilée au grand public; ce deuxième album pour le groupe a été en quelque sorte celui qui les engagea enfin sur leur voie, musicalement parlant, mais également sur " leur voie du succès ". Karkwa a ainsi remporté le prix Félix-Leclerc aux FrancoFolies de 2006, un Félix pour l'auteur-compositeur de l'année partagé ex aequo avec nul autre que Pierre Lapointe, et le groupe tâte déjà du terrain en France. Il est même probable que Le volume du vent couve déjà lui-même quelques prix honorifiques et rejoindra son grand frère sur le Vieux Continent, avec ses sonorités peaufinées et ses ambiances finement construites, ses harmonies vocales souvent planantes, ses arrangements étoffés, ses textes imagés, et ses fructueuses collaborations avec quelques artistes invités tels Patrick Watson, Olivier Langevin ou encore Élizabeth Powell de Land of Talk. Rencontre avec le chanteur guitariste et auteur Louis-Jean Cormier, le claviériste et compositeur François Lafontaine et le batteur Stéphane Bergeron, dans leur local de pratique de la rue Iberville.

Vous étiez d'abord les favoris de la scène montréalaise, dite alternative, et des postes de radio plus en marge. Maintenant qu'on vous entend sur les radios commerciales et que vous vous retrouvez en nomination au Gala de l'ADISQ, êtes-vous un peu boudés par le milieu " alternatif "?


François Lafontaine
: Je crois que ce n'est pas vraiment arrivé, à part des petits commentaires... On saute sur toutes les occasions. Et on fait encore bien des petites salles, et des petites villes, et on aime participer à des trucs plus alternatifs.

Louis-Jean-Cormier
: Mais c'est vrai que ce genre de chose peut arriver, ce que je trouve bien plate. Le Québec, c'est tellement un petit milieu qu'on n'est pas pour commencer à se fermer des portes en se disant : Nous allons boycotter tel gros gala parce que nous sommes underground... On n'a pas changé pour autant.

Stéphane Bergeron
: Je trouve qu'un moment donné, tout ça éclipse un peu le contenu musical. À la base, si la musique est bonne, que tu aimes ça, tu ne te poses pas ces questions-là. La musique d'Arcade Fire a joué dans toutes les radios underground de Montréal, puis partout dans le monde, et ça tournait aussi à des postes comme CKMF et c'est bien : pourquoi ne pas faire découvrir cette musique-là à un autre public? Un moment donné, ça ressemble juste à du " niaisage " tout ça...

Vous êtes maintenant avec la maison de disque Audigram, qui a produit Le volume du vent, alors que vous aviez produit vous-mêmes Les tremblements s'immobilisent et votre premier album Le pensionnat des établis. Y avait-il une crainte de perdre ainsi une certaine liberté?


L-J.C :
Les gens d'Audiogram nous donnent vraiment carte blanche. Étant produits par eux, nous avions encore plus d'espace dans le cerveau pour travailler, pour faire juste de la musique. Côté artistique, ils nous font vraiment confiance, on fait ce qu'on veut. On aurait pu arriver avec un album genre musique actuelle-trash-complexe et ils nous auraient acceptés!

S.B.
: La croyance populaire c'est : tu arrives dans une grosse maison de disque, tu n'es plus indépendant, et tu vas perdre ton contrôle artistique. Mais ce contrat-là, ça nous donnait l'occasion d'avoir moins de stress. Tu veux faire venir un quatuor à cordes, tu les fais venir, et tu enregistres : c'est simple.

L-J.C.
: Ce disque-là a coûté le même prix que Les tremblements..., mais c'était moins de gestion pour nous. Il y a une structure organisationnelle chez Audiogram qui est confortable et c'est pour ça qu'on est là.

Vous dites être influencés par le cinéma, par certains cinéastes comme Werner Herzog, les frères Coen, Claude Jutra, Fellini...


F.L.
: Ce sont deux univers qui se rejoignent pas mal je trouve, le cinéma et la musique. Pour composer ou pour arranger de la musique, je trouve que le cinéma m'inspire autant que la musique qu'on écoute... Ça suggère quelque chose...

L-J.C.
: Surtout pour l'écriture. Souvent, quand j'écris les textes, c'est le cinéma qui va m'influencer. Et je trouve qu'une bonne chanson, c'est une chanson simple qui parle avec des images fortes...

F.L.
: Et c'est un peu ça Karkwa, on essaie tout le temps que ça crée une image dans la tête, sans l'imposer non plus. Que ce soit malléable pour que tu puisses découvrir quelque chose chaque fois. D'ailleurs, la musique de film, c'est quelque chose qu'on aimerait vraiment faire un jour!

Certaines de vos chansons abordent des réalités sociales, comme votre premier extrait, Échapper au sort, qui évoque l'histoire d'un homme de la rue finissant ses jours dans un banc de neige. Y voyez-vous une forme d'engagement social?


L-J.C
: On ne veut pas avoir cette prétention-là. On ne veut pas prétendre être engagés, dans le sens où on va décrire une situation, mais on n'ira pas crier haut et fort et proclamer contre le gouvernement... Je trouve que juste d'écrire qu'il y a encore des jeunes de nos jours qui ont une enfance pas facile, qui vont parfois se retrouver à vivre dans la rue et aller peut-être mourir dans un banc de neige, juste de décrire ça, je trouve que ça suggère, sans imposer.

S.B.
: C'est juste du gros bon sens un moment donné : ce n'est pas rattaché à une cause précise... Je veux dire, on va sur la Lune et il y a encore des usines où il y a des enfants qui font des T-shirts. Ça fait longtemps qu'on a l'électricité et le chauffage, mais il est quand même là, mort dans un banc de neige...On est évolués et pas évolués en même temps.

L-J.C.
: Des fois, on se sent interpellés par un sujet qu'il est important de traiter et moi, je trouve ça important de prendre position en dehors de la musique. Oui, on a une tribune, oui, on fait des shows, on s'adresse à beaucoup de monde... On va aller faire un show, par exemple, comme l'année passée, pour inciter les jeunes à prendre position et aller voter, on a fait une tournée pour ça avec la FEUQ, et ça, c'est prendre position. Je trouve qu'il y a du monde, comme Loco Locass, qui eux ont vraiment un bagage pour en traiter dans leur chanson.

Les tremblements s'immobilisent a été lancé en France, en novembre dernier, après que vous y ayez fait quelques prestations. Comment s'enligne votre carrière là-bas? Qu'elle est votre ambition pour le groupe?


L-J.C
: On a vraiment l'ambition d'en vivre et de bien en vivre. Ça a toujours été un peu ça notre but : réussir à vivre de notre musique. Là, on fait ce qu'on veut; c'est de la belle survie! On est tous un peu cassés, mais on fait juste ça et on en est super heureux. Je pense que la vraie ambition se serait de jouer partout sur la planète. En France, on est encore en développement là-bas. Mais chaque fois qu'on y va, il y a de plus en plus de monde. J'ai hâte d'y retourner parce qu'on n'est pas allés depuis le lancement de l'album. Ce qui nous a beaucoup aidés, c'est la tournée qu'on a fait là-bas en première partie des Cowboys Fringants. C'était tout le temps des salles de 1500 personnes à peu près, remplies! C'est fou de voir comment les Cowboys ont développé leur public en France! On les a remerciés en les envoyant à une partie de hockey là-bas! Après ça, on s'est dits qu'on devrait faire plusieurs premières parties comme ça, ce qui nous ferait ratisser rapidement le territoire, et faire connaître Karkwa comme ça.

DU TAC AU TAC


Un bon conseil?


Ne vous assoyez pas sur votre talent!

Un film?


Il était une fois dans l'Ouest (Sergio Leone, 1969), chef-d'œuvre cinématographique... Il y a aussi les Monthy Python, Les frères Coen...

Un héros?


Notre gérant!

Un mot de la langue française?


Champlure, on parle souvent de robinet, mais pas vraiment de champlure... Frimas aussi, qui est un titre sur l'album...

Un plaisir coupable que vous partagez?


Le backgammon... En tournée, on prend aussi plaisir à écouter la chanson Cœur de Loup, de Philippe Lafontaine!

PASCALE GAUTHIER

À côté de la track : Un premier album pour David Marin

Avec son premier Album À côté de la track sorti il y a quelques semaines et unanimement salué par la critique, autant pour la profondeur des textes que pour la mélodie, David Marin (lauréat du concours Ma première Place des Arts en 2004 et finaliste aux Francouvertes de 2006) vient de faire une entrée fracassante dans le milieu musical.

© Photo Courtoisie

Il a mis cinq ans à concocter ce premier opus, ce qui peut paraître long, mais ce fut nécessaire, estime l’artiste de 33 ans : « Cet album aurait pu sortir il y a deux ans, mais ce ne serait pas les mêmes chansons. En fin de compte, il faut suffisamment de chansons pour garder les meilleures et offrir un produit qui tienne la route. Il était important pour moi de ne pas rater cette première coche », explique l’artiste.

Bien entouré


David Marin
a peaufiné cet album dans les moindres détails en s’entourant aussi de musiciens talentueux comme Louis-Jean Cormier (chanteur et guitariste de Karkwa), François Lafontaine (claviériste de Karkwa), Robbie Kuster (batteur de Patrick Watson) et le bassiste Mario Légaré qui a travaillé aux côtés de Michel Rivard, Paul Piché ou encore Lhassa De Sela.

« J’ai rencontré Louis-Jean Cormier en 2004 lors de l’événement Le grand 8. Lorsque j’ai fait la démarche pour obtenir un financement, c’est la première personne que j’ai contactée. Il a été tout de suite emballé par mon projet », raconte David Marin bien conscient de la qualité des musiciens qui l’accompagnent. « Outre le fait qu’ils soient talentueux, ce sont surtout des artistes généreux dans leur créativité et nous avons la même philosophie de travail. Je ne suis pas arrivé en disant je veux ça, j’ai laissé beaucoup d’espace à chaque musicien. Chacun avait son terrain de jeu et ce fut stimulant pour tout le monde », explique-t-il.

Album peaufiné


C’est par choix que David Marin a entièrement financé ce premier album. Parce qu’il considère qu’un artiste ne peut qu’enrichir son expérience en s’impliquant dans la production d’un album ou toute autre tâche connexe. Et ce n’est pas parce qu’il l’a entièrement produit « qu’il s’agit d’un album à rabais », insiste David Marin. « Nous avons enregistré dans des studios professionnels et sans lésiner sur les moyens techniques. Il a juste fallu mieux gérer notre temps, car nous ne pouvions pas rester plus de trois mois en studio. Je suis content de l’avoir produit. L’accueil du public prouve que nous avons bien travaillé et que j’ai bien fait de choisir cette avenue », précise M. Marin.

David Marin
sait où il va. Il a décidé de se lancer dans la musique lorsqu’il est devenu papa à 26 ans en se donnant de cinq à six ans pour se faire un nom d’auteur-compositeur après avoir flirté avec plusieurs petits boulots et le métier de journaliste. Outre le côté rafraîchissant de sa musique, David Marin manie la plume avec habileté s’autorisant parfois quelques jeux de mots bien sentis qui ne sont pas là juste pour la rime. Lorsqu’on lui demande si ses textes sont autobiographiques, il avoue qu’il y a effectivement des « petites bulles personnelles » dans ce travail, bien que ce n’était pas voulu au départ : « En écrivant ces textes, je me suis mis dans la peau de quelqu’un d’autre. Un peu celle d’un solitaire qui se retrouve dans un boulot qui ne lui convient pas et qui pète sa coche ». Et David Marin tient mordicus à cette position d’observateur privilégié : « Ça fait partie de mon travail d’auteur de regarder le train passer. J’écoute beaucoup ce que les gens disent autour de moi. »

Après ce premier examen réussi, David Marin espère maintenant exprimer son talent sur scène.

Reine-May Crescence 02-04-2008

Critique : Karkwa - Le Volume du Vent

Je n’ai pas écouté l’album précédent, «Les Tremblements s’Immobilisent», et j’ai longtemps eu l’impression d’avoir manqué le bateau. Tous mes amis avares d’émergence m’ont longtemps fait regretter cette ignorance en me martelant d’éloges envers la bande de Karkwa. À vouloir rattraper le temps, je me suis ajusté au volume du vent en écoutant le nouvel opus. À première écoute, on constate rapidement que les cinq musiciens ont plusieurs cordes à leur arc, et sûrement encore un bon paquet de flèches dans leur carquois.

D’une pop accessible à un rock planant, l’univers de Karkwa est toujours riche en sonorités. Les paroles sont murmurées, parfois frêles, un peu comme du Malajube mieux écrit. En effet, la plume de Louis-Jean Cormier, chanteur et guitariste, est honnête et se laisse bercer admirablement bien sur l’ensemble des musiques. Aussi, dites-moi si je suis fou, j’ai noté quelques analogies avec Radiohead quant au mood général. Toutefois, en tentant réellement de qualifier le son du quintet avec justesse, j’ai trouvé une bonne formule : Karkwa fait de la musique qui suscite des réactions dans l’entourage. «C’est quoi qui joue… c’est bon!», diront les auditeurs ambiants.

Parmi les très bonnes chansons, on compte «Le Compteur» qui ouvre l’album avec beaucoup de punch. Le premier extrait «Échapper au Sort» ne laisse pas indifférent non plus, en ce sens qu’il représente bien l’idée de l’album. Mais les meilleures se retrouvent respectivement en quatrième et en neuvième piste. «Oublie Pas» et «Combien» charment toutes deux avec leur ligne mélodique plus posée et des choeurs très à point. D’autre part, «À la Chaîne» vient clore le projet parfaitement avec plus d’urgence que de calme, ainsi qu’un rythme décousu et saccadé qui détonne.

Et comme si ce n’était pas déjà assez, on nous gâte avec quelques collaborations de la trempe de Patrick Watson. De plus, le CD est opendisc, ce qui vous permet de bénéficier d’un lecteur audio aux couleurs du groupe en plus d’avoir accès à plusieurs bonis à la suite d’une simple inscription.

Article publié le 2 avril 2008 à 10:37 par Pierre-Luc Gagnon

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