Le volume du vent est le troisième album de la formation Karkwa.
Composé et conceptualisé suite au succès critique et commercial (15 000 exemplaires vendus) de leur deuxième opus, Les tremblements s’immobilisent, ce nouveau disque amène la musique du quintette plus loin.
D’entrée de jeu, je dois détruire le mythe qui vit depuis les débuts du groupe: Karkwa ressemble peu à Radiohead.
Oui, certains points communs unissent les deux groupes – le goût de l’expérimentation, les mélodies tortueuses, les mesures composées et les ambiances sonores – mais c’est tout. Là où le groupe anglais est froid et glauque, les Québécois sont lucides et conscients du monde qui les entoure et pourtant porteurs d’espoirs. Et la musique de Karkwa est beaucoup plus organique que les derniers efforts du groupe d’Oxford.
Le compteur ouvre le bal, avec percussions subtiles et piano fin, avant la salve annonciatrice, lancée par le groupe en entier. Dès la première minute, le ton est donné: la ride sera pleine de surprises.
Pendant les treize pièces, l’auditeur est bousculé, de plusieurs manières. Par les sujets, les détours musicaux, le contraste entre les sonorités, de sèches et in your face à planantes. Et c’est comme ça jusqu’à la finale d’À la chaîne, où une chorale d’enfants martèle ses harmonies sur fond de guitares acérées, terminant le disque sur une note équivoque, où la pureté de demain marche main dans la main avec la laideur d’aujourd’hui.
Musique urbaine et organique, Le volume du vent instaure un état de tension du début à la fin. La facture sonore, les arrangements, les textes et l’énergie nerveuse des musiciens contribuent à cette ambiance. Même la lumineuse Oublie pas est baignée de ce mal d’être, malgré les propos qui y sont tenus. S’il me fallait parier sur un extrait fédérateur, c’est celui-là qui aurait ma confiance…
Il est utile de le répéter, les gars de Karkwa sont des virtuoses. Heureusement pour nous, le trip d’égo n’est pas dans leurs priorités et chaque note est soigneusement choisie pour servir la chanson et non pour jouer de la vanité.
Seule ombre au tableau: le traitement des voix. L’effet Malajube, où la voix est considérée tel un instrument, est agaçant. Les mélodies, efficaces, s’effacent un peu et on perd le texte. Ceux signés Cormier, tous excepté Le Solstice, sont ambigus sans être alambiqués. Chacun y trouvera une explication satisfaisante, selon le niveau de lecture.
Moins rock que leur réputation ne laisse croire – la distortion est souvent laissée au rancart – Karkwa a ficelé un disque complet, intelligent, qui saura plaire autant aux fans de musique touffue et complexe qu’aux amateurs de bonnes chansons.
Un défi difficile à accomplir, qui laisse souvent un des deux camps déçu.
Le 2e album du groupe, Les tremblements s'immobilisent, avait été salué bien bas par les amateurs de musique. Dans la foulée, Karkwa a aussi été récompensé par ses pairs en partageant le Félix de l'auteur-compositeur de l'année avec Pierre Lapointe.
À cause de cet impact, le présent disque était fort attendu. Or, en poursuivant dans la brèche ouverte deux ans et demi plus tôt, le quatuor confirme sa valeur.
Souffle la voix
On reconnaît sur Le volume du ventce rock aux envolées lyriques qui peut faire cohabiter dans le même morceau une bourrasque qui décoiffe et une accalmie rassurante. La voix de l'auteur-compositeur principal du groupe, Louis-Jean Cormier, s'impose toujours lorsqu'un mur de son s'élève derrière lui.
D'ailleurs, les voix occupent une place de choix dans ce disque: celles en contrepoint d'Élisabeth Powell (Échapper au sort) ou de Marie-Pierre Fournier (Oublie pas), mais aussi toutes les autres qui viennent faire chorus et donner de la majesté à La façade, entre autres. SurÀ la chaîne, les élèves de l'école Saint-Arsène ajoutent leurs voix au rythme très rock de la batterie.
Partout la musique
Sur ce disque, la musique est tapie dans la moindre encoignure des 13 chansons. Des écoutes successives nous font découvrir ces subtilités. En fait, Karkwa dresse une voile sonore sur laquelle les mots de Louis-Jean Cormier viennent se cogner.
En ce sens, dans bien des cas, la musique constitue la trame narrative autant, sinon plus, que les mots. C'est elle qui transmet les émotions: la rage contenue, l'espoir déçu ou le temps perdu. Karkwa défend un rock travaillé au corps qui ne se résume pas à une force brute. Comme d'un boxeur, on peut dire que les membres du groupe privilégient un rock scientifique utilisant une variété de bons coups.
Références solides
Les amateurs d'un rock sophistiqué vont donc se régaler. Malgré son accueil chaleureux, l'album précédent n'a pas été un énorme succès populaire. Il en sera probablement de même cette fois-ci. Malgré leurs influences apparentes, Karkwa fait sa marque sur une voie artistique négligée - même si de moins en moins - en chanson francophone.
Hier, le groupe Octobre entonnait « le vent se lève »; aujourd'hui, Karkwa chante « le volume du vent ». Le quatuor s'inscrit ainsi à la fois dans une certaine tradition québécoise et dans la modernité du rock actuel.
Louis-Jean Cormier (au centre, à l’extrême gauche). À l’arrière, de gauche à droite: Stéphane Bergeron (batterie) et Martin Lamontagne (basse). À l’avant, de gauche à droite: François Lafontaine (piano, claviers, etc.) et Julien Sagot (percussions, vibraphone, glockenspiel).
Photo Robert Mailloux, La Presse
Karkwa figure déjà parmi les meilleurs groupes rock d'ici. Avec Le volume du vent, un disque plus orchestré et plus raffiné que tout ce qu'il a pu enregistrer avant, il fait un autre pas de géant. Visite dans le repaire d'un quintette capable d'être bruyant, mais qui sait surtout être brillant.
Planté derrière une caisse enregistreuse ou devant un écran d'ordinateur, on s'imagine facilement que la meilleure façon d'échapper à la routine, c'est de faire partie d'un groupe de rock. Imaginez: pas de patron dans le dos, grasses matinées garanties, excès de toutes sortes considérés comme des avantages sociaux non imposables. «La musique, c'est la dernière grande liberté qu'il nous reste», a déjà affirmé Roger Daltrey, des Who, qui sait ce que c'est qu'une vie coulée dans le rock.
L'antidote rêvé à la routine, la vie de rockeur? Pas si vite. La vie de tournée, perçue comme l'ultime bastion de liberté, est paradoxalement le moment où la vie du musicien peut ressembler à un job. Départ à telle heure. L'incontournable balance de son. Oui, on commence encore par la batterie. Et au moment du spectacle, l'ordre des chansons est souvent le même que la veille. Et que la semaine d'avant...
Elle est où, alors, la liberté du rockeur? Dans son local de répétition. L'antre où il tâte, taponne, trifouille et tergiverse jusqu'à ce qu'il trouve un bon filon. Le local, c'est un lieu presque intime, fréquenté seulement par les musiciens et leur entourage, dont l'emplacement est rarement connu des fans. Ce mystère constitue également une police d'assurance gratuite contre les cambriolages. On ne change pas de guitare comme on change de télé.
Karkwa tient à exploiter au maximum son espace de liberté. On ne parle pas de gérer des pieds carrés - son local de répétition de la rue d'Iberville est encombré d'instruments, d'amplis et de moniteurs -, mais d'exploiter à fond sa créativité. «Chaque fois qu'on finit un disque, j'ai l'impression qu'il est trop pop», confie Louis-Jean Cormier, chanteur et guitariste du groupe. Le volume du vent, à paraître mardi, ne fait pas exception à la règle. Même après des mois de travail et de réflexion, il n'a pu s'empêcher de se demander: «Est-ce qu'on est allés assez loin? Est-ce qu'on aurait dû faire plus de trucs fuckés?»
Du cégep à Austin, Texas
On peut penser bien des choses du groupe complété par François Lafontaine (claviers, piano), Stéphane Bergeron (batterie), Martin Lamontagne (basse) et Julien Sagot (percussions, glockenspiel). Que Karkwa est un nom bien curieux, d'abord. Que le son éparpillé de son premier disque ne laissait pas vraiment présager les déflagrations rock à venir. Que l'influence de Radiohead transparaît un peu trop ici et là sur Les tremblements s'immobilisent. Mais trop pop? Ce n'est pas exactement ce qui vient en tête lorsqu'on se frotte les oreilles à ses chansons.
Karkwa, sorti de l'ombre en 1998 à la faveur du concours Cégeps en spectacle, n'a jamais flirté avec le rock formaté prisé par les radios commerciales. Le pensionnat des établis, paru en 2003, faisait flèche de tout bois et amalgamait des éléments de jazz, de funk et de rock. Aussi ambitieux, Les tremblements s'immobilisent, sorti en novembre 2005, est résolument plus rock. Le décalage entre les deux premiers albums de Karkwa ne pourrait être plus grand. Même après tout ce temps, on a encore du mal à se convaincre que l'ample ballade rock M'empêcher de sortir est l'oeuvre du groupe qui a enregistré le refrain guilleret de Tableau africain.
En plus de valoir au groupe un Félix (ex aequo avec Pierre Lapointe) et un prix Félix-Leclerc, Les tremblements s'immobilisent lui a permis de s'illustrer à l'étranger. Karkwa, qui avait déjà traversé l'Atlantique pour enregistrer une chanson avec Brigitte Fontaine (Red Light), a présenté plusieurs spectacles en France et fait aussi partie des rares groupes francophones d'ici à avoir participé au South By Southwest, le supermarché du rock qui se tient chaque mois de mars à Austin, au Texas.
«L'espèce de buzz qu'il y a autour de la musique montréalaise, c'est vrai, témoigne Louis-Jean Cormier. Il y a des gens qui viennent te voir parce que tu viens de Montréal. Et là, la barrière de la langue prend le bord.»Karkwa ne rêve pas naïvement de percer aux États-Unis, mais pas question de lever le nez sur ce genre d'invitation, d'autant plus qu'une foule de programmateurs de festivals européens font aussi le voyage. «On ne prétend pas qu'on va conquérir le monde, mais on ne va pas dire non plus qu'on ne veut jouer qu'au Québec», souligne Julien Sagot.
Boucler la boucle
Louis-Jean Cormier parle de «quête d'identité», en évoquant l'éparpillement du Pensionnat des établis.Cinq ans plus tard, Karkwa s'est trouvé. Le volume du vent ne marque pas une rupture avec l'album précédent. Parlons plutôt de continuité. «Sur Les tremblement s'immobilisent, on avait commencé quelque chose sans aller au bout de notre idée, estime le chanteur. C'est un super album et je le trouve bien ramassé, mais on avait envie d'aller plus loin dans cette espèce de buzz orchestral. De rajouter, de traiter les voix, de rajouter des choeurs.
«On sentait le besoin de boucler la boucle. De confirmer ce qu'on était en train de faire, sans rester au même stade», poursuit-il. Assis par terre ou sur des amplis, les autres acquiescent en silence. Puis, François Lafontaine, l'autre compositeur du groupe, ajoute: «Après coup, je me rends compte qu'on voulait prendre conscience des instruments dont on joue et voir ce qu'ils pourraient faire d'autre que ce qu'ils font normalement.»
Ni Karkwa ni aucun de ses contemporains québécois n'a jamais enregistré un album d'une telle envergure. Les orchestrations les plus expérimentales s'imbriquent parfaitement dans des chansons qui demeurent des chansons, justement. Le piano souvent minimaliste et évanescent de François Lafontaine apparaît et disparaît avec à propos. Son génie, c'est justement d'être discret. Et ce n'est qu'un exemple du raffinement du Volume du vent.
«Ce qu'on veut, c'est créer une espèce d'univers, une image suggestive», dit encore François Lafontaine. Karkwa ne fait pas un rock accrocheur au sens strict du terme. Les lignes mélodiques et les refrains relèvent rarement de l'évidence. Ce qui n'enlève rien à son magnétisme. Plus on écoute Le volume du vent, plus on prend conscience d'une chose rare: on perçoit clairement le discours de chacun des musiciens, qui ont tous l'espace nécessaire pour s'exprimer.
«Du moment que tu amènes une chanson dans le local, tu peux être sûr et certain qu'elle va changer. Elle ne sonnera jamais comme ce que tu avais en tête au départ. Et c'est ça qui est cool, dit-il avec enthousiasme. C'est pour ça qu'on travaille ensemble, pour avoir cinq points de vue qui poussent une chanson à son maximum.»
«Il faut aller au bout de l'idée de la personne qui amène le riff, poursuit le bassiste, Martin Lamontagne. Même si moi, à la première écoute, ça ne me tente pas, il faut le mener au bout, se faire confiance.» Le plus difficile, selon Stéphane Bergeron, c'est de trouver sa place dans les chansons les plus simples. Karkwa, sans être un groupe particulièrement économe, tient à ce que rien dans le son n'ait l'air plaqué ou gratuit.
Le compteur tourne
L'image qui s'impose quand on a ces cinq gars devant soi, c'est celle d'un groupe réfléchi. D'un groupe mûr. Le questionnement placé au coeur du Volume du vent est précisément celui du temps qui passe et son corollaire, le vieillissement. «Je sens que le temps passe sur ce qui m'entoure / Plus que sur moi-même», chante Louis-Jean Cormier, dans Le compteur, mettant au jour un drôle de paradoxe. «On prend conscience de son propre vieillissement par les autres. On regarde notre entourage et on trouve qu'untel ou untel a vieilli. Et on se rend compte que s'ils vieillissent, on n'a pas forcément rajeuni!» rigole François Lafontaine.
Or, vieillir pour un groupe de rock, ce n'est pas toujours facile. Passé un certain âge, il y a des artistes qui délaissent le rock pour une forme musicale moins agressive - Fersen a déjà fait du punk. Ceux qui décident de poursuivre l'aventure deviennent parfois des caricatures d'eux-mêmes (on salue les Rolling Stones) ou se font reprocher par leurs fans de faire trop de ballades (U2, par exemple).
Les gars de Karkwa n'ont pas la moitié de l'âge moyen des membres des Stones. Ils ont aussi le «feeling de rester jeunes», parce qu'ils font du rock. Leur musique témoigne cependant clairement d'une certaine maturité. «L'envie que ça défonce, ça ne lâche pas», dit Louis-Jean Cormier. En vieillissant, ils ne se laissent plus guider simplement par leurs pulsions musicales. L'important, c'est de se mettre au service de la chanson, disent-ils.
«Mais là, j'ai un désir de rocker qui revient!» lance Louis-Jean Cormier, avec un sourire féroce. Son envie tombe à point. La vie supposément non routinière des rockeurs veut que, après la sortie d'un disque, vienne la tournée. Karkwa - et son chanteur - pourra se lâcher...
Les cinq membres du groupe Karkwa pratiquent dans leur petit local, situé sur la rue d’Iberville, à Montréal, préparant la ronde promotionnelle entourant la sortie de leur nouveau CD, Le volume du vent. (Photo: Éric Carrière)
Le local de pratique n’est pas le plus beau, ni le plus spacieux. Pour dire vrai, il est désuet et sans aucun intérêt particulier. Mal insonorisé, poussiéreux, mal situé... Mais cela ne dérange aucunement les gars de Karkwa, qui y ont passé deux mois à la fin de la dernière année pour préparer leur nouvel album et qui y sont toujours, pratiquant jour après jour avant la grande tournée de promotion qui s’amorcera sous peu.
Assis sur une caisse de son, un amplificateur ou un simple boîtier de guitare, les cinq membres du groupe prennent une pause, le temps de répondre à quelques-unes de nos questions.
Récipiendaire en 2006 du prix Félix-Leclerc et nommé meilleur auteur compositeur de cette année-là (ex aequo avec Pierre Lapointe), le groupe a passé la majeure partie de l’hiver bien au chaud dans le local de musique situé sur la rue d’Iberville. Il en ressort aujourd’hui avec Le volume du vent, un disque marqué par le temps.
« Le temps qui passe est un thème récurrent sur ce disque, explique le chanteur, Louis-Jean Cormier. J’imagine que c’est parce qu’on vieillit tous un peu et qu’on voit que tout autour va vite. Certains d’entre nous ont des enfants, d’autres une maison avec une hypothèque. Le feeling “bonhomme” nous envahit un peu plus tous les jours, mais en même temps, on reste des kids qui tripent musique depuis maintenant dix ans. »
Louis-Jean Cormier a signé tous les textes de ce nouvel opus. « J’ai commencé à écrire en tournée, l’an dernier. Je m’inspire de ce que je vois et perçois autour de moi, de ce qui me touche et touche les autres membres du groupe », explique-t-il.
Comme cette fois où, voyant une vedette « pas rapport » à la télévision, il se questionne sur la pertinence d’accorder du temps d’antenne ou de la publicité à un artiste qui n’a rien à promouvoir sauf peut-être sa propre personne.
« Je ne comprends pas cette surexposition de notre star système. On presse au maximum. C’est correct d’être présent dans les médias quand tu as quelque chose à dire au niveau artistique, mais quand tu n’as rien, pourquoi il faudrait qu’on parle encore et toujours de toi ? Souvent, j’ai l’impression que l’image passe avant l’art. »
Pourtant, n’a-t-on pas vu de nos propres yeux, en novembre 2006, le groupe jouer à l’émission populaire L’heure de gloire, animée par René Simard ? « Ce n’est pas pareil, se défend le claviériste, François Lafontaine. Nous avons été invités parce qu’on était de l’événement Sacré Talent!, organisé par Espace musique et qui donnait la chance à des artistes de la relève d’être vus à la télévision publique. De toute façon, nous n’avons absolument rien contre l’exposition de notre art, à la télévision, dans les magazines, partout. Tant que ça parle de notre musique et non pas de notre petit bonheur personnel, on n’a aucun problème à être vus. »
Stéphane Bergeron, batteur du groupe, ajoute : « On n’a pas les moyens de se fermer des portes au Québec. C’est un petit marché ici, alors on est prêts à être surexposés pendant un certain temps s’il le faut. De toute façon, quand tu es fier de ton art, tu veux toujours en parler. »
Karwka aux FrancoFolies ?
Préparant sa tournée pour l’automne, le groupe sera présent dans quelques festivals cet été, dont le spectacle de la Saint-Jean-Baptiste. Est-ce possible également de penser à Karkwa pour les FrancoFolies, présentées à la fin du mois de juillet ?
Après une brève hésitation, le batteur y va de cette réponse : « On est actuellement en pourparlers, mais il est évident qu’on aimerait beaucoup en faire partie. »
Rappelons que le groupe avait été l’une des têtes d’affiche des Francos l’an dernier, en y allant d’une série de trois spectacles-événements qui avaient marqué le festival musical.
« On a aussi une tournée en France à préparer, lance Louis-Jean Cormier. On y va à la mi-juin et on aimerait y retourner plus tard dans l’année. On aimerait aussi aller faire un tour dans différents pays de l’Europe de l’Est. On sent une ouverture de ce côté-là et je pense qu’on est prêts à tenter notre chance là-bas. En tout cas, ce serait une super expérience pour nous. »
Il ne faudra donc pas bouder notre plaisir de voir Karkwa un peu partout au cours des prochaines semaines, car il semble que le groupe sera de plus en plus appelé à jouer à l’extérieur du pays. Dommage pour nous, bravo pour eux!
On quitte le local avec Stéphane Bergeron – en attendant que tous les membres de Karkwa s’y pointent – pour une courte promenade sous un vent glacial afin de prendre un café au coin. C’est dans le ton. Après tout, le nouveau disque du groupe se nomme Le Volume du vent.
Le batteur nous offre le réveil-matin. Gentil. Avant le coup de midi, artistes et chroniqueurs de musique sont toujours logés à la même enseigne.
«Je crois que j’ai dû dépenser 60$ de café par mois durant toute la production, note Bergeron. C’est plus qu’une facture mensuelle de téléphone.»
Le journaliste sourit. On revient vers le local où le chanteur et guitariste Louis-Jean Cormier, le pianiste François Lafontaine et le percussionniste Julien Sagot nous attendent.
Le bassiste Martin Lamontagne aura du retard. Tant qu’il est à temps pour la photo… Dans le vétuste mais vaste et très bien éclairé local de répétition de Karkwa – vous devriez voir le local armoire à balais de Malajube –, on ressent encore la vibration de la création. Le groupe en a passé des semaines à accoucher de son troisième disque, l’un des plus attendus de l’année.
Si Le Pensionnat des établis n’a guère fait de vagues en 2003, il a démontré l’inventivité du groupe né il y a dix ans cette année. Les tremblements s’immobilisent, sorti deux ans plus tard, a fait vibrer mélomanes et critiques.
LES PRIX
À preuve, ce disque écoulé à 15 000 exemplaires a permis au groupe d’obtenir le prestigieux prix Félix-Leclerc aux FrancoFolies et le Félix de l’auteur-compositeur et interprète en 2006. Pression?
«La pression, c’est plutôt fuck it, raille un brin Louis-Jean Cormier. Le fait d’avoir eu une belle réaction avec le deuxième album et d’avoir gagné des prix, ça nous a juste motivés à clencher et à écrire d’autres tounes. Ça, ça nous a influencés positivement, comme une bonne tape dans le dos. C’est comme: Continuez les gars. On a réalisé qu’on ne faisait pas ça pour rien, qu’on était sur la bonne voie.»
Le Volume du vent n’est certes pas une rupture avec Les tremblements s’immobilisent, mais une continuité évidente.
«Le travail pour l’album, c’est parfois abstrait, note Bergeron. À un moment… Oui, tu te retrouves en studio et c’est là que ça sort. Mais les premières ébauches de ce disque, elles ont été faites avant la tournée des Tremblements… On «tapait» Les tremblements…, alors qu’on jouait déjà des chansons qui figurent sur cet album.»
Rien de nouveau, en définitive, avec ce qu’on peut définir comme étant la méthode Karkwa, à savoir être un groupe en constante évolution.
ÉCOUTEZ DES EXTRAITS DE LE VOLUME DU VENT:
Échapper au sort
La façade
MOUVANCE
«Finalement, quand on finit un disque, il y comme une espèce de libération et on est déjà prêt à passer à autre chose, note Cormier. Là, ça clenche! On vient de sortir de studio et on a déjà plein de nouvelles tounes.» (Fou rire de toute la bande) Moins dense au plan sonore aux premières écoutes, Le Volume du vent est doté d’arrangements plus étoffés. Au point qu’on pourrait parler d’album concept.
«On met plus souvent des mots sur la musique que l’inverse. C’est souvent la musique qui propose un sujet», note Cormier
«Mais en même temps, c’est pas tant qu’il a un concept plutôt qu’une direction, renchérit Lafontaine. On ne se dit pas: On va faire un album concept, pas plus qu’on l’a fait pour les albums précédents. Celui-là a un côté plus orchestral que sur Les tremblements… On a poussé ça au max, mais Louis-Jean peaufiné ses textes plus que jamais.»
Les copains et les copines à bord
Pour Les tremblements s’immobilisent,Karkwa a eu droit à la collaboration de la légendaire Brigitte Fontaine. Cette fois, il y a encore des collègues au rendez-vous.
On comprend la présence de la bassiste Marie-Pierre Fournier, qui chante sur quatre titres. Après tout, n’est-elle pas la blonde de l’un des membres du groupe, qui se tord de rire quand le journaliste en fait la remarque? Mais il y a aussi Patrick Watson, Elisabeth Powell (Land of Talk), Olivier Langevin (Galaxie 500), etc.
«Certaines collaborations ont été naturelles», note Louis-Jean Cormier, en regardant François Lafontaine, plié en deux.
«D’autres étaient pensées depuis longtemps. C’était clair, net et précis depuis un an qu’Elisabeth Powell allait chanter dansÉchapper au sort. Il fallait une voix de femme et ça allait être cette voix-là. Faire chanter des Anglais en français, c’est notre trip, et comme on est bons amis avec Pat Watson… Et Le Compteur, je trouve que c’est très «Pat Watson ».
«Même chose pour Dormir le jour avec Olivier, note Lafontaine. On savait qu’il allait avoir du fun. C’est ce qui est bien avec les collabos. À un moment, tu réalises que ça prend ça pour telle chanson.»
«Et pour revenir à la blonde… – fou rire général –, poursuit Cormier, elle avait déjà chanté dans Les tremblements. C’est une voix extraordinaire qui va bien avec la mienne.»
Engagement social et musical
Au travers des textes et des musiques, il ressort des évidences de l’œuvre de Karkwa. Groupe bien de son temps, le band est réfléchi, engagé au plan social, mais pas revendicateur au plan politique.
Au même titre que la musique de Karkwa transporte l’auditeur sans l’agresser, Louis-Jean Cormier observe, scrute, mais ne juge pas.
«On a toujours été comme ça. Des fois, on se permet de déborder, mais ça reste de la suggestion, note Cormier. Notre but, c’est d’écrire et de décrire. On ne veut pas proclamer, protester des affaires… On n’a pas le bagage sociopolitique non plus pour aller défendre des trucs aux côtés de Loco Locass qui martèlent ça d’un doigté de chef.»
«On est des gens d’opinion, mais on n’est pas un band politique, assure Stéphane Bergeron. Ce qui ne veut pas dire qu’on est mous. Si quelque chose nous fait dire: Ça n’a pas de bon sens, on va le dire.»
En bref, la notion galvaudée de modèle de la société que les musiciens représentent aux yeux des Américains et des Canadiens de l’Ouest, les membres de Karkwa en prennent et en laissent.
«Ça a de l’importance, mais c’est du cas par cas, assure Cormier. On a la possibilité de s’adresser à plusieurs personnes et il faut le faire, mais ça ne me tente pas de m’embarquer dans toutes les luttes. On un engagement social dans les chansons.Le fait de faire de la musique, c’est une forme d’engagement. Faire dans la marge, tirebouchonner des chansons et chanter en français, c’est un engagement en soi.»
IMAGES FORTES
Des titres comme Mieux respirer, Le Temps mort et Combien ont plusieurs niveaux de lecture, ce qui est dans la manière de Cormier.
«Nous autres, on veut plus rester dans la suggestion d’images, comme des tableaux, ajoute-t-il. Je trouve qu’il y a une force dans la suggestion. Par exemple, Échapper au sort décrit des choses qui arrivent encore aux jeunes: être retrouvés morts, gelés, dans des bancs de neige. Au lieu de chialer et de demander ce que le gouvernement fait pour lutter contre ça, juste de décrire la situation, ça marque. Sur le disque, ça tourne beaucoup autour du stress, du travail, du milieu urbain. C’est ça les thématiques qui reviennent. Il y une ligne directrice assez forte, mais on n’a pas écrit de scénario.»
S’il y a des titres à plusieurs niveaux de lectures, il y en a qui sont rentre-dedans, comme La Façade et Le Volume du vent, qui se concluent avec des crescendos de piano.
«Je suis un gros buzzé de musique minimaliste, dit Lafontaine. Je voulais qu’on pousse ça, sans que ça vire trop King Crimson, sans que ça soit trop hypnotisant, comme Philippe Glass, où tu te sens parti après 15 minutes.»
Article de Chartrand Jimmy paru le 01 juin 2012 dans Côté Blogue Quiconque les a entendu en show savent que Karkwa sonne admir...
Avertissement: Ce blog à pour but de regrouper et archiver les articles parus sur le net à propos de Karkwa. Il est fait par amitié pour les membres du groupe et leur entourage. Les liens vers les sites et articles d'origine sont faits, les auteurs sont cités lorsque possible. Si quiconque se sentait lésé dans ses droits, il n'aurait qu'a me contacter pour que je puisse remédier à la situation.
"[Karkwa] qu'on en dise" le cap des 225 000 visiteurs a été dépassé alors que Karkwa performer devant mes yeux le 21 octobre 2017 à Montréal pour sa Grande Réunion
Je remercie tous ceux qui ont trouvé, depuis avril 2008, intérêt à visiter ces pages dédiées à mes amis de Karkwa et aux musicien(ne)s et musiques qui leur sont proches.
Rendez-vous est pris pour le 250000 éme visiteur ! :-)