Karkwa la grande réunion d'octobre 2017

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vendredi 25 avril 2008

Karkwa - le troisième album

Cinq garçons dans le vent... et la tourmente!


Une sorte de polyphonie corse à la québécoise traverse les chansons du nouvel album de [karkwa], le meilleur groupe rock d'ici depuis Les Colocs, tel un choeur d'âmes errantes, telle la plainte sans fin de tout un monde de déclassés, de laissés-pour-compte, dont la souffrance souffle par bourrasques, jusqu'à constituer un sacré volume... L'album s'intitule Le Volume du vent, et il est magistralement sombre. Rencontre dépeignée.


Quand même pas au Snake Pit? Eh oui, au Snake Pit. Les cinq gars de [karkwa], le groupe phare du Québec rock de cette décennie, ont leur local dans la même bâtisse de la rue Iberbille où, il y a vingt ans tout juste, je faisais mon propre ramdam avec des copains. Gros flash mauve. On appelait ça le Snake Pit. On pratiquait au sous-sol, dans un placard, l'été c'était l'Amazonie, d'où l'appellation. [karkwa] occupe le grand local à l'étage, avec fenêtres (qu'on ne peut ouvrir, rapport au bruit). Lieu vaste et vétuste. «Ça nous prenait grand: on a beaucoup d'équipements», explique Louis-Jean Cormier. Je lui dis mon étonnement: le Snake Pit, dans ma tête, c'était pas pour les vrais groupes qui font des disques plébiscités et trois spectacles différents en trois soirs aux FrancoFolies. Au mieux pour les piocheux dans mon genre. Dites donc, les gars, c'est encore la galère, [karkwa], au troisième album?


«C'est de la belle survie», résume Cormier. Certains ont des familles, le claviériste François Lafontaine s'est acheté une maison («[...] et je vais payer pour jusqu'à la fin de mes jours», ajoute-t-il en riant), mais on n'engrange pas les REER. Cormier rigole: «Moi, quand j'ai un peu d'"over", je m'achète une guit'. Une bonne guitare, ç'a un meilleur rendement qu'un REER: je peux la revendre trois fois le prix. On n'est pas à plaindre, on est heureux. On crée sans contrainte, et on a un salaire. Et on a des à-côtés: je fais de la réalisation d'albums [l'excellent À côté d'la track de David Marin, tout récemment], je joue avec d'autres. Ça paye, ça aide. Et ça fait aussi partie du plaisir

Puis, il est «trop tard pour revenir en arrière», comme le dit la chanson Le Compteur, qui ouvre Le Volume du vent, troisième album de [karkwa] en huit ans d'existence intense. Une vie de groupe rock ne se vit pas dans le même espace-temps que le commun des mortels. Si ça vieillit autour, c'est un peu toujours la gang d'ados à l'intérieur: «Pendant que les enfants chassent les vieux / Au pas lourd / Moi, je ne vois rien, inconscient de courir sur les mains... » De ce contraste plus flagrant à trente ans qu'à vingt, de ce déphasage parfois malaisé, est né l'album. «Quand tu fais de la musique, des tournées, tu perçois tout comme si tu étais à l'extérieur du roulement normal de la vie, commente le batteur Stéphane Bergeron. C'est une drôle d'impression, parce que tu vieillis quand même. T'as l'impression d'être à côté de la société.»

Sentiment d'exclusion qui n'est pas si loin de celui du sans-abri, du fou, du désenchanté, du dépressif, à cette différence fondamentale près: le musicien choisit sa voie parallèle, et en jouit. Ça n'empêche pas une empathie certaine envers les exclus de toute provenance. Une sensibilité accrue à la souffrance des laissés-pour-compte. «Quand t'es en studio, t'es ailleurs, poursuit Bergeron. De 11h à 2h du matin, tous les jours, perdu dans la musique. Et quand tu sors dehors, t'es comme mésadapté. T'écoutes plus les nouvelles, tu sais pas ce qui se passe. T'es comme un fantôme.»

Un album peuplé de fantômes

Le Volume du vent est peuplé de fantômes. D'âmes errantes. On les entend un peu partout: des voix qui s'immiscent entre les musiques et les textes, tout un tas de voix qui s'entremêlent, se font et se défont. On dirait du vent, parfois doux, souvent violent, tourmenté. On pense aux polyphonies corses, on pense aussi à la cacophonie de voix dans la séquence de traversée du temps dans le film 2001: odyssée de l'espace. «Au départ, récapitule Cormier, on voulait qu'il y ait beaucoup de voix en harmonie. Puis on s'est laissés emporter là-dedans. C'est devenu des envolées de quatre ou cinq voix l'une par-dessus l'autre, sur plusieurs octaves. Toujours sans paroles. Ça nous faisait une sorte d'instrument humain.» Le résultat est endémique (et envoûtant, et inquiétant, et fascinant): ce vent de voix épouse les mélodies des cordes, suit les licks de guitare, part en peur et puis se calme et repart en peur, s'insinue entre les strates du rock de [karwka] comme de la lave en fusion. Tout l'album en est imprégné, habité. Comme si tout un peuple squattait Le Volume du vent.

Comment aimer dans une telle tourmente? C'est ce dont parle Deux lampadaires. Comment la tempête familiale peut-elle mener quelqu'un à mourir gelé dans un banc de neige? C'est le propos d'Échapper au sort. Combien de temps encore résisterons-nous au vent mauvais, se demande Cormier dans Combien: «Combien d'années / D'armées décimées / Combien d'argent, / D'arnaques de tyrans / C'est long longtemps... » Comment parvenir à ouvrir une brèche dans les usines à misère et que souffle un vent de liberté? À la chaîne, dernière pièce du disque, pose la question sans y répondre, mais un choeur d'enfants (les élèves de l'école Saint-Arsène) s'élève à la fin comme une grande respiration.

Dur album. Lourd album. Dur, lourd, intense, poignant et magnifique album. Entouré par ces gaillards rigolards et sympas, Cormier autant que Lafontaine, Bergeron, Julien Sagot et Martin Lamontagne, j'ai peine à croire que ça vient d'eux. «Quand t'es heureux, tu parles moins de toi que de ce que tu constates, dit Bergeron. On ressent de l'agressivité par rapport à ce qui se passe autour de nous, renchérit Cormier. L'état du monde nous rentre dedans. Alors, ça ressort.» «T'as pas besoin d'être junkie pour parler d'un junkie», ajoute Bergeron. Un minimum de perméabilité suffit, comprend-on. Plus la capacité de traduire ça en musique.

Et quelle musique! La force de [karkwa] est de même nature que les meilleurs groupes d'hier et d'aujourd'hui, d'Octobre à Radiohead en passant par Pink Floyd (écoutez Dormir le jour et ses harmonies à la David Gilmour-Rick Wright): l'expérience est totale. L'album commence, le vent nous soulève et ne nous redépose pas avant la fin. Si on veut, on peut s'attacher aux textes, les laisser résonner longtemps. Si on veut, on peut s'abandonner aux modulations des musiques, tout aussi longtemps. Dans Le Solstice, le texte issu d'un poème de Pierre Nepveu est au moins aussi prenant que la séquence instrumentale répétitive à la Steve Reich. «Si ça donne ça, c'est qu'on a réussi quelque chose», apprécie Bergeron. Cormier poursuit: «[karkwa], ç'a toujours été la quête du mariage parfait entre les textes et la musique. Mais ça vient toujours de la musique. La musique dicte le thème. C'est pas de la chanson française qu'on fait. C'est du rock au Québec.»

Je dirais même plus: c'est du [karkwa]. Ce qui n'est pas rien, après 50 ans d'histoire du rock et mille millions de métissages. Avoir un son, un style à soi, ça relève de l'exploit. «Ça s'est construit sans qu'on y pense, nuance Lafontaine. Mais c'est là, on le constate. Quand on est sortis du mastering à 5h du matin, après deux nuits blanches, Louis-Jean, moi et Mathieu [Parisien, coréalisateur, preneur de son et membre honoraire], je me souviens que Louis-Jean a dit: "Ça, ça sonne comme nous autres."» Cormier sourit: «Je pense que c'est la première fois que je disais ça à propos de [karkwa]. On était brûlés, on ne savait plus quelle journée on était, mais on était pas mal heureux.» Gageons qu'il ventait un peu.

Sylvain Cormier Le Devoir

mercredi 23 avril 2008

Vive le vent

Karkwa souffle sur les attentes suscitées par son dernier album et lance Le Volume du vent, un compact aussi solide qu'une maison de briques, mais aussi soigné qu'un château de cartes.

Mercredi matin, 11 h 30, les membres de Karkwa s'affairent à réaménager leur local de répétition après avoir trimballé leurs instruments dans différents studios d'enregistrement pour accoucher de leur troisième album, Le Volume du vent.


Boyau d'aspirateur à la main, le batteur Stéphane Bergeron éteint la bruyante machine à mon arrivée. "On fait toujours le ménage avant de recevoir de la grande visite", plaisante-t-il. Faudra faire gaffe en essuyant les bottes. La neige et le grésil tombent encore sur la ville paralysée par ces déferlantes peaux de lièvre, comme le chante Tricot Machine.

"Ça tombe bien parce qu'on voulait lancer le disque avant que la neige fonde", explique le chanteur/guitariste Louis-Jean Cormier. Attendu, le compact atterrira sur les tablettes des disquaires le 1er avril. Pas de souci, même si l'on fêtera le poisson ce jour-là, les lacs seront toujours gelés et les déneigeuses au travail sur les routes de la province.


Conservant l'approche rock atmosphérique des Tremblements s'immobilisent, deuxième effort du groupe paru en 2005 et vendu à près de 20 000 exemplaires, Le Volume du vent est un album d'hiver, enregistré pendant la saison froide, de décembre à février derniers. Son titre nous met la puce à l'oreille, et ses chansons, dont Le Frimas, corroborent la thèse. Faisant l'objet d'un vidéoclip dessiné par Alexandra Myotte, Échapper au sort est même inspirée par la triste fin d'un sans-abri mort gelé dans un banc de neige. "Karkwa, en général, est un groupe d'hiver. Notre musique a toujours été froide dans le bon sens du terme. Notre côté sombre a quelque chose de glacial, et on a utilisé beaucoup de xylophones et de vibraphones sur ce disque, des sonorités souvent associées à des groupes nordiques comme Sigur Rós, par exemple."


"On n'a pas l'habitude d'écrire des textes joyeux sur fond de reggae, c'est certain", soulève Stéphane.


LA RAFALE


Si Les Tremblements s'immobilisent s'ouvre avec l'intensité et la lourdeur rock de La Chute, les premiers instants du nouveau gravé font preuve d'une nervosité aussi empreinte d'urgence. Les percussions du Compteur imitent le tic-tac effréné d'une montre détraquée, une course en lien avec l'effet du temps sur l'homme, sujet de la pièce.


"On voulait des textes moins sombres que sur Les Tremblements, note Louis-Jean. On a évité les chansons sur les assassinats de président ou les tueries dans les écoles pour aborder des sujets moins lourds."


L'approche n'affecte en rien la force de frappe du combo qui canalise ses énergies pour donner naissance à des crescendos aux arrangements toujours aussi riches, peaufinés et mélodiquement efficaces. Pas surprenant que le groupe ait remporté de nombreux prix, dont le Félix de l'Auteur-compositeur de l'année en 2006, et que Louis-Jean Cormier et le claviériste François Lafontaine collectionnent les collaborations depuis trois ans (avec David Marin, Marie-Claire Séguin et Diane Tell pour le premier, Galaxie 500, Alfa Rococo, Frank Martel et Le Husky pour le deuxième).


Le constat est criant sur Le Solstice. Habilement construite, la pièce se bâtit sur un fragile jeu de guitare aérien et gagne en puissance alors que s'ajoutent tour à tour les couches de voix, piano, xylophone, batterie et basse. La virtuosité des musiciens de Karkwa, complété par le percussionniste Julien Sagot et le bassiste Martin Lamontagne, donne au quintette montréalais les moyens de ses ambitions: couvrir un large spectre sonore aux propriétés enivrantes. "On a l'impression que le groupe sonne big mais, ironiquement, cette tendance nous a été inspirée par la musique minimaliste de Steve Reich. On utilise souvent des motifs qui s'entrecroisent et qui, juxtaposés, forment des crescendos d'intensité. Ça peut aussi faire penser à Philip Glass. Les gens voient souvent la musique minimaliste comme des compositions simples, sans grands arrangements, mais il s'agit plutôt de miser sur différents motifs qui se répètent pour créer un effet hypnotique."


"C'est le changement dans la répétition, ajoute François. On a évité les gros riffs de guitare et opté pour plus de textures, de motifs."


La galette tire d'ailleurs son titre des paroles du Solstice, une adaptation d'un texte de Pierre Nepveu commandée à Karkwa dans le cadre de l'évènement 100 Jours de bonheur où plusieurs musiciens, cinéastes et photographes s'inspiraient de poèmes québécois consacrés au bonheur.


LE SIFFLEMENT


Composé lors de tournées québécoises et françaises, alors que la troupe profitait des tests de son avant les concerts pour travailler les nouvelles chansons, l'album marque une mini-révolution vocale pour la formation. Les harmonies y sont plus présentes et la voix de Louis-Jean est parfois même appuyée de chants féminins: ceux de Marie-Pierre Fournier (choriste pour Ariane Moffatt et Stefie Shock) et Elizabeth Powell (des Montréalais Land of Talk). "Enregistrer un disque, c'est une célébration, t'as envie de convier plein de monde et de délirer, remarque le musicien. Invité à chanter sur Le Compteur, Patrick Watson a carrément amené la chanson ailleurs, et on s'est laissé prendre au jeu."


En plus de jouer de la guitare sur Dormir le jour, Olivier Langevin a aussi prêté sa voix au disque, tout comme une vingtaine d'écoliers. Concluant À la chaîne, une pièce sur les bambins exploités en usine, cette collaboration est survenue à la toute fin du processus d'enregistrement, lorsque François est débarqué sans prévenir dans le bureau du directeur de l'école primaire St-Arsène. "En composant la pièce, on savait déjà qu'un choeur d'enfants améliorerait la fin, mais nos démarches auprès de chorales ne marchaient pas trop. J'ai eu le flash en écoutant la chanson au studio du coréalisateur Mathieu Parisien: Criss! Il y a une école juste à côté! Je me suis levé et j'ai cogné à la porte du bureau du directeur. Je lui ai expliqué qu'on voulait enregistrer ses enfants. Le gars avait du Malajube et du Karkwa dans son ordinateur. Ça s'est fait super facilement."


"Le prof de musique a amené les élèves dans le gymnase, où on avait installé des micros, enchaîne Louis-Jean. Les enfants étaient super tranquilles et chantaient sur la note, mais pas assez au goût du prof qui leur a demandé de recommencer avec plus de professionnalisme. C'est là que je me suis levé: Non non, non! On veut pas des chanteurs qui torchent, on veut des énervés. C'est une chanson sur les usines où des enfants travaillent à la chaîne. On a besoin de rébellion: criez de toutes vos forces, sautez dans les airs! Soyez tout sauf tranquilles et bons. Les jeunes ont capoté, raide."


Le volume du vent dans les cordes vocales y était fort, très fort. "Paraît que leurs cris ont ébranlé la structure de l'école. Ils ont même fermé la place la semaine dernière. Ils avaient peur que le plafond s'effondre et ils ont dû enlever la neige sur le toit, juste au cas", rigole François.


Olivier Robillard Laveaux / voir.ca

Karkwa: boucler la boucle (entrevue)

Le 1er avril, le groupe québécois Karkwa lancera son troisième album intitulé «Le volume du vent» sur étiquette Audiogram. Cette galette se veut onirique, douce mais parfois mordante. Showbizz.net s'est entretenu avec le chanteur Louis-Jean Cormier.

Louis-Jean Cormier (voix et guitare), Stéphane Bergeron (batterie), François Lafontaine (claviers), Martin Lamontagne (basse) et Julien Sagot (percussions et voix) forment Karkwa.

L'ADISQ

En 2006, Karkwa a reçu le prix Félix-Leclerc. La même année, au gala de l'ADISQ, il a remporté le Félix «auteur ou compositeur de l'année» ex æquo avec nul autre que Pierre Lapointe.

«L'ADISQ, certains voient ça comme très showbiz, stagé ou mainstream. Pour nous, c'était comme la consécration de notre démarche. C'est une bonne tape dans le dos», explique Cormier lorsqu'on lui demande quel est le moment le plus marquant de la carrière du groupe.

L'ADISQ semble s'ouvrir depuis quelques années aux groupes plus alternatifs. Désormais, ce n'est plus juste la fête des Céline, Bruno et Sylvain de ce monde. L'organisme n'a pas le choix de plier, dit le chanteur. La scène musicale et les goûts du public évoluent.

Le volume du vent

«Nous voulions lancer l'album beaucoup plus tôt. Les prix et la tournée ont fait en sorte que l'album a été décalé», lance Cormier en entrevue téléphonique. En novembre dernier, «Les tremblements s'immobilisent», le deuxième disque de Karkwa, fut aussi lancé en France. La formation avait donné de nombreux spectacles dans l'Hexagone.

La discussion bifurque sur l'évolution musicale du groupe qui est né en 1998 mais qui s'est reformé de façon officielle en 2001, après que les membres aient vu à des projets parallèles pendant un certain temps. «La différence entre le premier album («Le pensionnat des établis» sorti en 2003) et le deuxième (lancé au Québec en 2005) est tellement grande! Nous avions besoin de boucler la boucle. La différence est moins grande entre le deuxième et le troisième. Les mêmes éléments sont présents mais ont cette fois été poussés au maximum… Le côté orchestral, les harmonies, les back vocals», raconte Cormier.

«Le volume du vent», également le titre d'une pièce de l'album, est d'ailleurs lié aux ambiances musicales de cet opus. Le chanteur en compare les sonorités au vent qui souffle par une fenêtre. On y entend parfois les voix se mélanger à la musique ou des élans vocaux sans paroles qui donnent un aspect très aérien, très onirique, à certains morceaux.

Les gens associent souvent Karkwa à certaines envolées musicales, dit-il. «Ce n'est pas juste de la musique. Il y a les textes aussi», ajoute Cormier. Parfois noirs, bruts et dotés d'une conscience sociale, les paroles de Karkwa ont souvent l'effet d'une brique lancée au visage. On pense à «La fuite», une chanson du deuxième disque qui mettait en scène un personnage qui avait assassiné le président des États-Unis!

Selon Cormier, les textes sont le reflet de la vie des membres de la formation, de leur communauté et aussi de leur engagement. Le groupe se dit engagé mais à jusqu'à un certain point. Il ne veut pas prendre position quant à certains enjeux de la société. Il voit plutôt ses chansons comme des tableaux qui décrivent une situation, dit-il.

Le premier extrait de «Le volume du vent», la pièce «Échapper au sort», en est un bon exemple, selon l'artiste. Le vidéoclip raconte l'histoire d'un jeune de la rue que plus rien ne retient et dont la chute l'entraînera dans les bras glacés de l'hiver.

Tournées en haute définition devant un écran vert, les images du clip ont ensuite été retravaillées et coloriées au crayon de plomb. Le résultat est d'une grande beauté. Le clip aide à mieux comprendre le sujet de ce morceau «qui n'est pas souvent abordé» en chanson, dit Louis-Jean Cormier.

Projets et à l'agenda

Le lancement officiel du nouvel album de Karkwa aura lieu à l'Olympia, à Montréal, le 2 avril, dit le chanteur.

Le groupe planche également sur un blogue qui sera probablement hébergé sur le site officiel du groupe même si cette information reste à préciser, selon lui.

En été, Karkwa compte donner des spectacles dans «quelques festivals ciblés» comme les Francofolies de Montréal. La véritable tournée du groupe va débuter à l'automne.

Quant à la France, si toutes les circonstances sont favorables et que la personne qui représente le groupe dans l'Hexagone peut y mettre l'énergie nécessaire, le troisième album de Karkwa sortira là-bas à l'automne. «Sinon, ça ira au printemps», dit Cormier.

Pour en savoir plus sur Karkwa, visitez sa page MySpace ou son site Internet officiel.

Julie Rhéaume Le 25 mars 2008

jeudi 17 mai 2007

Karkwa : excitant et audacieux


La scène rock montréalaise est en pleine effervescence en ce moment. La preuve avec Karkwa, jeune groupe qui débarque en France avec un premier album ("Les tremblements s’immobilisent") excitant et audacieux. Rock atmosphérique entre Radiohead et Charlélie Couture

Avant la sortie du disque prévue pour septembre, rencontre avec Louis-Jean Cormier (guitare, voix), François Lafontaine (claviers) et Stéphane Bergeron (batterie) ; tranquillement installés en terrasse de la Maroquinerie pour leur premier concert parisien avant de s’installer trois jours durant à l’Elysée Montmartre en première partie des Cowboys fringants.

Mz : La scène québécoise est réputée pour son rock-garage. Vous, Karkwa pratiquez un rock plus abouti, atmosphérique. Comment s’est déroulée la composition de votre album ?

L-J : Dans notre garage ! (fou rire général). On a acheté plusieurs garages et on les a testés...

F : Celui-là il sonne bien (rires)

L-J : On est un groupe qui aime beaucoup jouer live. On a donc enregistré à l’ancienne méthode comme les Beatles, tout le monde ensemble, c’est là qu’on a plus d’énergie, de frissons, de spontanéité. C’est surtout François, Julien, le percussionniste et moi qui amenons des chansons soit juste des musiques ou des fois juste des paroles, on colle ça ensemble piano/voix ou guitare/voix et après ça on arrive à cinq et on arrange tout ça. Pour "les tremblements s’immobilisent" on a fait en sorte que le jour du studio on fasse le plus de trucs en même temps.

F : Comme un spectacle en fait c’est le même principe. Avant de faire l’album, on a testé nos chansons en concert, on les a joué, on les a réarrangé pour ensuite entrer en studio. Et à ce moment-là le studio et le groupe c’est comme un tube de colle.

Mz : Vos textes sont en français et très profonds. Pour vous quel est le plus important : la musique ou les textes ?

F : Les deux ! La musique va servir le texte comme le texte va servir la musique. On cherche vraiment le mix des deux.

L-J : Finalement on cherche le mariage parfait entre les deux. Souvent on compose la musique avant et cette musique va nous dicter un thème ou nous faire penser à un truc, ça nous fait chanter. La musique c’est quelque chose de très imagé. Le fait qu’on écrive les paroles après je crois que c’est super important.

Mz : Votre musique semble assez proche de l’univers sombre de Charlélie Couture. Quelles sont vos influences ?

F : Charlélie Couture ! (fou rire général).

L-J : Plein de trucs ! En fait on est des grands mélomanes. François est une encyclopédie, tu lui en colleras pas une comme on dit !(rires). Dans le camion en tournée on écoute que de la musique. J’écoute en ce moment beaucoup de folk-singers américains comme M. Ward qui vient de Portland ou encore Sufjans Stevens qui vient du Michigan. J’ai vu un festival qui était organisé récemment Lo-Fi Folk, ça rejoint ça.

S : Il y a beaucoup de gens au Québec qui ont critiqué le disque et qui ont fait une comparaison avec Radiohead, ils on dit c’est peu comme Neil Young avec de la musique électronique. Ca peut jouer un peu.

F : J’aime beaucoup la scène des années 60-70, comme Steve Reich à qui on voue un culte ! En fait ce qu’on retrouve beaucoup dans sa musique c’est comme dans la musique pop c’est un module, une espèce de thème ou une espèce de rythme, quelque chose de récurrent qui revient tout le temps, qui est cyclique. On s’inspire beaucoup de cette musique là.

Mz : Justement, il y a une fusion quasi-naturelle entre la guitare et les claviers. Pour vous c’est indispensable de faire du rock avec de l’électronique ?

J : Non ! A la base les claviers qu’on avait c’était des bases analogiques...

L-J : Ce qui nous intéresse le plus c’est surtout le parallèle avec les percussions de Julien. Comme disait François, il y a quelque chose de cyclique qu’on peut retrouver dans l’électro. Mais organiquement Julien avec ses percussions fait des choses bizarres, pas conventionnelles, ça rend le truc électronique plus humain.

J : Les ordis présents dans le spectacle ou sur le disque pour moi c’est une manière de traiter un instrument. On essaie de prendre un instrument et de le traiter différemment, de le bouchonner. (rires)

Mz : Au Québec les musiciens disent souvent que les groupes sont une grande famille. Vous confirmez ?

S : Oui bien sûr on confirme ! Inévitablement le Québec c’est déjà une petite population. Montréal est très centralisé, c’est la grande ville au Québec. Donc tout le monde se connaît puisque tout le monde se côtoie !

F : Il y a beaucoup de groupes à Montréal et ce qui est intéressant c’est que tout le monde a son style, il y a plein d’entités qui sont propres à eux-mêmes.

S : Depuis un an on peut même voir une jonction avec le côté francophone et le côté anglophone car il y a beaucoup d’anglophones à Montréal. Il y avait une scène rock anglophone et une autre scène rock francophone et depuis un an justement ça déborde, il n’y a plus de barrière.

F : C’est comme si maintenant tous les musiciens, tous les groupes avaient accepté le fait que Montréal est multiculturel et c’est ce qui fait la richesse des groupes qu’on entend en ce moment qui jouent en dehors du Québec. Maintenant les groupes francophones vont jouer aux Etats-Unis.

Mz : Votre dernière tournée a duré un an et demi...

L-J : Euh . Ouais mais étalé en fait. Justement on en parlait hier soir. On a fait beaucoup de dates, je crois qu’on a dépassé la centaine. En fait on dit un an et demi mais on a démarré très très lentement. On a laissé un blanc juste après la sortie du disque car on avait fait beaucoup de promotion. Donc on a voulu calmer le truc et quand on est reparti en tournée ça a fait comme une deuxième vie à la vente des disques, c’est là que ça a décollé plus.

F : Ca nous a permis aussi d’assimiler le temps passé en studio à travailler les chansons. Finalement ça nous a laissé le temps d’assimiler tout ce qu’on avait fait, de prendre du recul sur ce qu’on avait fait.

Mz : Ce soir vous vous produisez à La Maroquinerie qui est une salle réputée et la semaine prochaine vous vous produisez trois soirs à L’Elysée Montmartre, une salle mythique...

L-J : C’est justement encore un signe de la grande famille québécoise, montréalaise. Car on va jouer à l’Elysée Montmartre en première partie des Cowboys Fringants qui sont des amis. Ils ont lancé l’idée qu’on joue avec eux et la compagnie qui s’occupe de nous en France a trouvé l’idée très bonne. Ca s’est réglé rapidement, à la dernière minute, juste avant de partir. En fait ça fait une semaine qu’on le sait.

S : Beaucoup de gens nous ont parlé de l’Elysée Montmartre, justement comme étant une salle mythique.

Mz : les groupes Québécois sont réputés pour pratiquer le fameux "Do It Yourself". Est-ce pour vous aujourd’hui le seul moyen de s’en sortir ?

F : Ouais je pense. Mais c’est partout pareil. Maintenant avec la nouvelle technologie tu peux faire un album facilement, dans ton garage par exemple (rires). Tu peux faire des albums qui coûtent pas trop cher. C’est une question monétaire en fait. Les gros studios coûtent trop chers donc le moyen que les groupes ont trouvé c’est de faire un studio à la maison.

S : C’est moins cher de faire un album soi-même et tu peux prendre plus de temps.

Mz : Votre musique est assez sombre, très arrangée. On sent beaucoup de maturité. Avez-vous une idée de qui est votre public ?

S : C’est large. La moyenne d’âge est de 18-35 ans mais on voit aussi des gens de 50 ans.

L-J : Quand on écrit on écrit spontanément. On s’adresse peut-être plus à des gens qui nous ressemblent, qui sont dans la même moyenne d’âge. Chez nous on a le public de Radio Canada qu’on appelle le public Radio Canadien, des gens qui ont la quarantaine, la cinquantaine. Moi j’ai l’impression que de 18 à 50 ça se passe bien ! (rires)

F : C’est pas un truc que tu te poses. Tu te dis pas tiens je vais faire une chanson pour les moins de 18 ans par exemple ! Tu fais la musique parce que tu as ce goût là, tu fais la musique que tu as dans la tête. Et tant mieux si on rejoint le plus de monde possible.

Mz : Le public français aime coller des étiquettes sur les groupes. Comment définiriez-vous votre musique ?

F : Rock atmosphérique. C’est de la chanson...

L-J : C’est de la chanson rock atmosphérique, ça peut être très incisif comme très planant. C’est de la chanson avec des mélodies et des textes qui veulent dire quelque chose. (rires)

Mz : Vous êtes actuellement en tournée européenne. Avez-vous déjà des projets pour après ?

L-J : On travaille au prochain disque qui sortira au printemps 2008 au Québec. Donc on entre en phase de composition. En même temps on défend la sortie de "Les Tremblement s’immobilisent" qui va sortir probablement ici dans les magasins en septembre. Donc on pense revenir travailler souvent ici et travailler là-bas.

F : On entre dans une phase de pré production, comme un retour aux sources.

S : C’est toujours assez concentré les vendredis et samedis. Ca nous laisse du temps pour travailler des nouvelles pièces pour le prochain disque. On fait un ou deux spectacles par semaine et on travaille trois jours les nouvelles chansons. On a un gros projet pour les Francofolies à Montréal, il faut qu’on monte trois spectacles différents. L’été est bien chargé.

Mz : Que préférez-vous faire : des concerts ou des disques ?

L-J : Ni l’un ni l’autre ! (rires) Les deux en fait.

F : C’est sûr que c’est pas pareil ! J’adore le studio et les shows...

L-J : Faire des shows, il y a des avantages car on est sur la route. Et puis on porte nous-mêmes nos équipements car on aime mieux le faire plutôt que de payer quelqu’un pour ça. On est habitués car en fait on n’a pas le choix. (rires)

F : C’est sûr en fait on est pas capables de payer quelqu’un pour le faire car on n’a pas d’argent ! (rires)

L-J : Sérieusement on est bien sur la route. En ce moment on fait que ça alors il faut se serrer un peu les coudes !


Interview de Karkwa du Jeudi 3 mai 2007 - Paris

Un grand merci au groupe Karkwa, Erwan et Anne-Sophie du label Boxson

Article publié  le 16 mai 2007, par Cartman, sf, sur le site Domino Panda

dimanche 28 janvier 2007

Karkwa chante Le Frigidaire

Karkwa chante Le Frigidaire de Georges Langford

Le 28 janvier 2007, le Panthéon des Auteurs Compositeurs Canadiens a rendu hommage à six légendes de la musique au Canada, dont Jean-Pierre Ferland et Joni Mitchell, ainsi qu’à 25 chansons classiques du répertoire canadien - telles que « Comme j’ai toujours envie d’aimer » de Marc Hamilton et « Spinning Wheel » de David Clayton-Thomas - pour le rôle qu’elles ont jouées dans le paysage musical de notre pays. Notre 4ième Gala annuel, au théâtre John Bassett du Palais des congrès du Toronto métropolitain, a été une soirée magique, avec de vibrants hommages à nos meilleurs auteurs-compositeurs, rendus par la fine fleur de l’industrie musicale canadienne.

Le Gala a été l'occasion de voir et d'entendre des prestations exceptionnelles, dont la douce voix de Florence K interprétant « Des croissants de soleil » de Jean Robitaille et Lee Gagnon; Marc-André Fortin, accompagné de Marie-Eve Janvier, a chanté le classique « Le petit roi » de Jean-Pierre Ferland et Isabelle Boulay a hypnotisé l’assistance avec « Un peu plus haut, un peu plus loin » de Jean-Pierre Ferland.

Vous trouverez également plus d’informations sur les lauréats de cette année, dont leurs biographies, en visitant la page des lauréats 2007.


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