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dimanche 9 août 2009

12 hommes rapaillés dans un Théâtre Maisonneuve archi-complet



12 hommes rapaillés: le spectacle à l'amour

Un de mes amis aime tellement l'album 12 hommes rapaillés - 12 poèmes de Gaston Miron mis en musique par Gilles Bélanger et chantés par 12 auteurs-compositeurs populaires - qu'il a préféré ne pas venir voir le spectacle du même titre, présenté samedi soir dans un Théâtre Maisonneuve archi-complet. Oh, camarade, comme tu as eu tort d'avoir peur, tu as manqué un des plus beaux spectacles que j'ai jamais vus.

Et pourtant, c'est vrai qu'il y avait de quoi avoir peur: comment présenter des poèmes en musique en évitant l'écueil de la pédanterie, du sentencieux, du didactique, bref, comment chanter la poésie pour qu'elle donne tout son poids de vie? Moi aussi, j'ai eu peur quand les musiciens sont entrés sur scène avec un air pénétré qui n'augurait rien de bon.

Mais il a fallu une seule note de guitare pour que la poésie de Gaston Miron fuse, libre et belle et puissante. Dès les premiers accords joués par Louis-Jean Cormier -réalisateur du disque, et qui a tenu avec passion la guitare et fait les voix toute la soirée-, dès les premières paroles de «Je marche à toi» par Yann Perreau, entouré de musiciens exceptionnels, dans des éclairages magnifiques et non loin d'une table chargée de livres et d'une chaise vide (où s'était assis l'esprit rieur de Gaston Miron, j'en suis sûre), oui, dès ce moment-là, toutes les craintes se sont évanouies. Sauf une: est-ce que ça va pouvoir être beau comme ça toute la soirée?

Oui, camarade, ça été beau comme ça toute la soirée. La scène où les chanteurs et les musiciens se côtoyaient sans cesse, -ils étaient près d'une vingtaine- est devenue un lieu fabuleux, où les egos n'avaient pas leur place, où la parole avait pris toute son amplitude, où on entendait presque la voix de Gaston Miron lui-même, où les musiques se succédaient sans problème, du jazz au country-rock, de la complainte à la ballade a cappella - oh, les excellents musiciens, je le répète. Et en plus, il y avait sept chansons inédites qui se sont ajoutées à celles de l'album! Et la mise en scène de Marc Béland était un petit chef d'oeuvre de grâce, de respect et de plaisir, tous au service de la poésie et de la musique.

Regardez les extraits du spectacle 12 hommes rapaillés dans notre reportage vidéo

Qui a chanté mieux? Impossible de le dire, tant les beaux moments ont succédé aux moments de grâce. J'ai eu le coeur littéralement à l'étroit dans la cage thoracique tant c'était beau pendant «Pour retrouver le monde et l'amour» par Richard Séguin, «Au sortir du labyrinthe» par Vincent Vallières et «Je t'écris pour te dire que je t'aime» par David Marin et son accordéon. Je crois que tout le monde a écouté avec bonheur «Camarade» (une des inédites) interprétées par Vincent Vallières, Richard Séguin et Pierre Flynn. Et quand Louis-Jean Cormier a chanté ce texte torride, charnel, sensuel à assécher la gorge qu'est «Au long de tes hanches», seul à la guitare, je suis sûre que Gaston Miron a souri, invisible sur sa chaise. «Amour sauvage» par Yann Perreau était tellement habitée et rock et animale que la salle l'a applaudi et applaudi encore. Et que dire de Pierre Flynn pendant «Poème dans le goût ancien» avec tous les chanteurs faisant les choeurs et de Jim Corcoran et Martin Léon chantant une inédite hallucinante d'actualité, «Sentant la glaise»?

Il y aurait à dire de tous, car il y avait aussi Michel Rivard, et Daniel Lavoie et Yves Lambert (Plume n'a pas voulu venir, et c'est correct, c'est Plume) et Gilles Bélanger lui-même, compositeur de toutes les musiques, instigateur de ce fabuleux projet des 12 hommes rapaillés. Et il y a eu de l'accordéon, et beaucoup d'harmonica, et du violon et du piano, et le sourire lumineux de Mario Légaré à la basse, et François Lafontaine et un de ses comparses faisant vibrer le vibraphone avec des archets (jamais vu ça avant!)...

Camarade, tu as manqué tout cela. Alors note, je t'en supplie: le spectacle sera diffusé sur les ondes radio d'Espace Musique le 21 août, à 20h, et le spectacle lui-même sera présenté au Grand Théâtrede Québec le 25 novembre. «Pour ce rendez-vous de notre fin du monde, c'est avec toi que je veux chanter» les poèmes de Gaston Miron.

Article de Marie-Christine Blais, Cyberpresse, Publié le 08 août 2009

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